Edito mois de mars 2010

Le fil rouge

Quelle liberté peut-on goûter quand on découvre que la vie est unifiée ! Il est possible de vivre sans que des craquelures, qui deviennent ensuite des fissures, n’apparaissent dans notre quotidien pour séparer les faits et les aspirations, les désirs et les circonstances. La foi et la réalité. La vie est une, elle peut être une. C’est ce que nous désirons le plus. Et ceux qui sont en train de suivre le parcours tracé par don Giussani dans Peut-on vivre ainsi ? (le texte sur lequel des milliers de personnes proches ou membres de CL travaillent chaque jour) arrivent peu à peu à découvrir la source de cette unité : la charité. Non pas des « gestes » de charité, les bonnes actions qu’il nous arrive de faire, mais la charité, la nature même de Dieu. Le don de soi, ému, à l’homme pour que l’homme soit.

La racine de notre vie est cette pitié pour notre néant. Cette initiative de Dieu qui fait surgir notre être et interpelle notre action pour que la vie tout entière devienne occasion de répondre à ce trop-plein de charité. Réponse reconnaissante à la compassion de Dieu. Le contraire de la passivité.

La libération est là. Il y a un fil rouge qui relie comme une double couture toutes les circonstances. Nous ne devons pas nous épuiser à tisser nous-mêmes ce fil rouge pour assembler les morceaux. Nous devons seulement le repérer, le découvrir dans chaque coin de la vie comme source de notre vie. Sans avoir le souci de coudre, avec un discours, la foi et la réalité, le travail, les relations. Dans ce don de Dieu, tout est déjà présent. « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». Il n’y a plus un abîme à combler avec nos seules forces mais une Présence à reconnaître, une surabondance de grâce à laquelle s’abandonner. Et de là tout peut finalement repartir : la manière de travailler, le regard sur les autres… Tout. Et même la politique que l’Église qualifie – et ce n’est pas un hasard – avec une formule impensable pour qui ne vit pas l’expérience chrétienne : « Une forme de charité ». Un intérêt pour moi et pour l’autre, pour le « nous » qui naît de cette gratuité et vient avant le pouvoir, les lois, les forces en présence.

La politique et donc les votes, les élections – quand elles ont lieu – sont une occasion pour chacun de nous. Comme le disait le père Julián Carrón, il y a quelques jours, à des responsables de CL : « Ce qui est en jeu c’est la foi comme quelque chose qui concerne la totalité de la personne et donc tous les aspects de l’existence ». Face au désenchantement qui règne désormais à l’égard de la politique, « nous avons l’occasion de vérifier si la foi est capable de rendre intéressant aussi cet aspect de la réalité qui, chaque fois, suscite un désintérêt plus grand ».

La vérification de la foi. C’est-à-dire la vérification, dans l’expérience, de la solidité de ce fil rouge. Voilà l’occasion qui nous est offerte par la réalité. Il ne faut pas la manquer.