XIE Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (2-23 octobre 2005)
L’ Eucharistie: source et sommet de la vie et de la mission de l'Église
R.P. Julián CARRÓN, Président de la Fraternité de Communion et Libération et Père synodal
Rome, Salle du Synode, 11 octobre 2005

L’ Eucharistie : la méthode de Dieu avec sa créature

Très Bienheureux Père
Vénérables Pères
Chers frères et sœurs

Bien conscient de ma disproportion par rapport au geste que nous sommes en train de vivre, je me permets d’offrir quelques réflexions à partir de la IVe partie de Instrumentum Laboris : « L’ Eucharistie dans la mission de l’Eglise » en particulier au n°78.

La situation de l’homme contemporain est constellée de difficultés, mais aucune d’entre elles ne parvient à arracher l’attente de son cœur. C’est la nature même du cœur de l’homme qui le pousse à espérer. Toutefois, ayant souvent du mal à trouver une réponse, il est amené en même temps à douter de la possibilité d’une destinée positive.
L’homme d’aujourd’hui ne prendra sérieusement en considération la proposition chrétienne que s’il la perçoit comme une réponse significative au cri de son besoin humain. C’est pourquoi le défi que nous devons affronter consiste dans le fait de vivre le contenu de la foi de façon à en montrer l’importance anthropologique, c’est-à-dire qu’il correspond de manière surabondante aux exigences originelles du cœur.
1. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne meure pas, mais aie la vie éternelle » (Jn 3, 16). Le point culminant de cette initiative gratuite du Père réside dans la mort et la résurrection du Christ, expression ultime de cet amour par lequel le Christ a réconcilié définitivement les hommes avec Dieu, rendant la communion authentique avec Lui possible.
En invitant ses disciples à réaliser le geste eucharistique en Sa mémoire, Jésus Christ rend possible, pour tout homme, « une mystérieuse contemporanéité » de sa Présence dans tout les moments de l’histoire (Ecclesia de Eucaristia 5; Veritatis Splendor 25). Au travers de l’action eucharistique, qui rend présent son amour sans limites, le Christ lui-même nous pousse à « ne plus vivre pour nous-mêmes mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous » (cf. 2Co 5, 14-15).
L’homme qui accueille avec foi le don du Corps et du Sang du Seigneur participe de la nouveauté que le Christ a introduite pour toujours dans l’histoire, et il entre dans cette communion que Jésus vit avec le Père dans l’Esprit. Ainsi, l’apôtre a pu dire : « Toute personne qui est dans le Christ est une création nouvelle ; l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2Co 5, 17). Cette réalité s’expérimente comme une unité nouvelle qui dépasse toutes les divisions qui opposent les hommes : «Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Gal 3, 28),

2. « L’ Eucharistie - a dit don Giussani, fondateur de Communion et Libération - est la confirmation suprême de la méthode que Dieu a établie avec sa créature : se faire présent dans un signe visible et tangible, dont on peut donc faire l’expérience ». C’est un événement dans l’histoire : Jésus même est la manifestation suprême de cette modalité par laquelle Dieu n’abandonne pas sa créature, mais a piété d’elle, faisant de l’humanité du Christ le signe efficace de sa Présence réelle. Le Seigneur a voulu faire de l’Eucharistie le sacrement de l’unité des chrétiens en Lui et avec Lui, en les rendant témoins, signes et instruments du dessein de salut de Dieu (Lumen Gentium 1,48). L‘Eucharistie, justement, est la façon d’« être » qui passe de Jésus au chrétien – le baptisé – et, grâce à son témoignage, tend à se répandre dans la société et dans la culture (cf. Mane nobiscum Domine 25-26). Selon sa nature sacramentelle, l’Église exerce son influence dans l’histoire dans la mesure où elle suscite et éduque des personnes qui désirent participer à la nouveauté de la vie du Christ et qui peuvent donc la transmettre aux hommes, leurs frères. De cette manière, à travers la vie changée de ceux qui appartiennent au Christ, Dieu continue à interpeller la liberté des hommes dans n’importe quel lieu ou circonstance (travail, famille et amitiés, temps libre).

3. Seule la Présence unique du Seigneur peut toucher la personne dans toute la profondeur de l’attente de son cœur. Face au défi de notre époque, le sacrement de l’Eucharistie devient donc indispensable dans toute l’efficacité de ses fruits de communion authentique et d’humanité nouvelle. Nous voyons avec stupeur la manifestation de cette efficacité dans les maisons sur pilotis et les favelas du Brésil, chez les universitaires du Kazakhstan, chez les malades du Sida en Ouganda ou dans les grandes métropoles des États-Unis. Nous avons tous besoin, aujourd’hui, de la présence de témoins qui vivent véritablement en cette communion que le Seigneur nous donne de manière sacramentelle, la communion de ceux qui sont « choisis selon la Providence de Dieu, pour continuer, à leur tour, la succession de ses témoins » (Newman). Ainsi, en les rencontrant, nous reconnaîtrons avec stupeur et gratitude que la présence du Christ est en eux, et nous glorifierons Dieu pour la personne de son Fils (Gal 1,24) et pour le don de l’Eucharistie. Nous-mêmes, dans cette dynamique sacramentelle, nous nous transformerons d’après l’Image glorieuse qui attire notre regard (2Co 3,18) Nous pourrons ainsi, par toute notre existence, faire resplendir la lumière du Christ, afin que les hommes et les femmes de notre temps trouvent des raisons de croire et d’espérer que les promesses inscrites au fond de leur cœur, exprimées et réalisées pleinement dans le don eucharistique du Christ, s’accompliront.

Merci beaucoup.